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e-Pentagramme.
Nomos et la force en nous
ou la Loi d'Harmonie
II est écrit dans l’Évangile: « Dieu n'abandonne pas l’œuvre de ses mains ». Nous pouvons nous demander ce que ces paroles signifient pour qui a lu son journal et a pris connaissance de nouvelles en général si déprimantes. Que se passe-t-il dans un être humain à ce moment-là ? Que pense-t-il lorsqu'il réfléchit à la parole « Dieu est Amour » ?
Il se peut alors que ce qui se présente à la conscience réaliste et analytique entre en contradiction avec l’idée communément admise derrière cette assertion. Et iI se peut que l'homme arrivé à ce point de ses réflexions, déçu par Dieu et le monde, s’en revienne de «l'illusion» que Dieu est Amour, car la réalité qu'il perçoit parle un langage bien différent...
Mais essayons de partir d'une toute autre façon de penser et devenons conscients que les courants et tourbillons destructeurs, dans lesquels notre champ de vie menace de s'anéantir à une vitesse vertigineuse, ne sont en fait rien d'autre que le résultat des actes de l'humanité. Ceux-ci sont en contradiction avec les lois que la main pleine d'Amour du créateur a inscrites dans notre nature déchue afin d'indiquer le chemin de retour dans la patrie divine.
Dans la doctrine secrète des mystères d'Orphée (6ème siècle avant J-C), le mot grec « nomos » désignait la force de manifestation des lois du monde. Et comme Echnaton le professait déjà, on peut lire dans le « hieros logos », (la parole sacrée) des sectateurs d'Orphée, qu'un « dieu est en tous ». Les lois du monde sont innombrables, accessibles à toute intelligence raisonnable et même connues d'un grand nombre de lycéens !
La tendance luciférienne à vouloir être semblable à Dieu fait que nous nous heurtons à ces lois que nous cherchons toujours à ignorer. Nous vivons comme si elles n'existaient pas. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner que notre monde soit tel qu'il est : il est le résultat du passé de l'humanité et non pas de l'Amour de Dieu.
Trois lois majeures
Tout effet a une cause; tout acte a des conséquences.
Telle est la première des trois lois majeures de notre champ de vie. La validité de cette loi est évidente pour l'homme qui réfléchit, quand il observe les résultats des agissements des hommes dans le monde visible et matériel. Or ces conséquences sont de plus en plus alarmantes.
Souvent la raison du conflit avec cette première loi résulte de l'opposition à la deuxième loi, celle de la polarité. Notre champ de vie est dominé par la dualité, il est soumis au jeu de forces doubles. Le Taoïsme présente un symbole très clair de cette loi avec le signe « tai-dji »: toute vie dans notre ordre de nature s'accomplit entre deux pôles, dans le jeu des forces du yin et du yang, entre le moins et le plus, la lumière et l'obscurité, la naissance et la mort, le masculin et le féminin, le bien et le mal. En un mouvement ondulatoire incessant, c'est l'un ou l'autre principe qui domine et jamais l'un n'existe sans l'autre.
C'est donc une illusion parfaite de vouloir réaliser le bien unique à partir des éléments de ce monde, dorer la cage dans laquelle nous sommes emprisonnés ou miser sur le temps qui passe. «
Panta rei », telle est l'expression du philosophe grec Héraclite pour décrire le mouvement du monde entre ces deux pôles. Tout s'écoule comme un fleuve entre ses deux rives et rien ne résiste à ce courant. En vivant dans le péché, nous sommes tombés de la vie unique universelle dans la dualité.
Le doute concernant Dieu et ses lois nous entraîne à travers l'existence jusqu'au jour où, désespérés, nous nous rendons compte de l'inutilité de la lutte de notre ego contre les lois séculaires de la nature dialectique. C'est alors le moment de faire aller le bateau de notre vie dans une autre direction.
La troisième loi majeure est celle de l'espace-temps. Nous nous battons contre elle sans interruption. Quotidiennement nous essayons de nous perpétuer, nous et nos actes. Combien de fois ne souhaitons-nous pas que la situation reste telle qu'elle est, ce qui fait que notre personnalité se lie toujours plus fortement à cet espace vital condamné à mort. Par l'effet de la première loi, toute tentative d'établir l'éternité dans le temps entraîne des conséquences directement en rapport avec les causes dont nous sommes les auteurs. Nous suscitons la souffrance pour nous et pour les autres. La souffrance est toujours la conséquence de la volonté personnelle obstinée. Ce n'est pas Dieu qui nous punit, mais c'est nous qui nous faisons souffrir nous-mêmes et qui déterminons nous-mêmes la mesure de notre punition. Nous récoltons donc ce que nous avons semé. Seul celui qui manque de connaissance ou qui s'oppose à ces vues se révolte contre l'Amour du Père de toutes choses. Si nous réfléchissons au « nomos » qui gouverne notre champ de vie, notre conscience voit clairement qu'essayer de s'y opposer est aussi fou que de vouloir arrêter le flux et le reflux des marées.
Mais l'homme est-il si bête ? Pourquoi même les plus intelligents d'entre nous refusent-ils systématiquement l'inéluctabilité de ces lois ? Quelle est cette Force effrénée qui nous pousse, en dépit de toute raison, à nous révolter contre ces lois ?
L'homme est un dieu tombé. II a perdu sa perfection et sa puissance originelles. En lui, dans l'atome-étincelle d'esprit, une force irrésistible est présente et active qui le pousse à regagner cette perfection et cette puissance. L'homme non-divin de cette terre éprouve cette force, cette impulsion provenant de la pré-souvenance. Mais l'organe de l'intelligence, formé des matériaux et forces terrestres ne peut pas recevoir de la juste manière les impulsions de l'atome originel, qui provient d'un tout autre champ de vie. Notre intellect, fils de Lucifer, veut être la Lumière elle-même et n'a rien, absolument rien de commun avec le champ de vie divin. Par conséquent il ne conçoit que des pensées visant à la réalisation des désirs brûlants propres au champ terrestre. II crée des imitations et construit toujours une réalité périssable qu'il prend pour la vérité impérissable, faisant naître aussitôt un intense désir de changer, soi-même ou le monde.
L'homme terrestre doit comprendre un jour que toute tentative d'atteindre ces buts supérieurs trop élevés est condamnée à l'échec. Jusqu'à ce moment-là, il aura toujours l'espoir grandissant qu'il sera peut-être le premier à réussir. II ira toujours plus loin, toujours plus acharné dans ses efforts, parce qu'il est entraîné par le désir provenant du monde divin, désir que le miroir embué de son âme projette continuellement dans ce monde. Et tel Ulysse dans l'Odyssée, il navigue sur le bateau de sa vie, d'expérience en expérience, d'incarnation en incarnation. Ceci jusqu'au jour, où au milieu de la tempête où il se bat pour sa vie, celui à qui ce bateau, ce microcosme, a été confié se rend clairement compte qu'il ne trouvera jamais le port dont il a la pré-souvenance sur les rivages de la mer du monde. Il doit finir par découvrir qu'il dirige sa navigation sur une mauvaise carte maritime, que le but qu'il vise ne figure pas sur sa mappemonde.
Quelle amère découverte! Déjà 300 ans avant J-C, Mengste nous consolait en disant: « Celui que le ciel appelle à une fonction grandiose ne reçoit qu'amertume dans le cœur et la volonté; il endure la souffrance et une extrême détresse ! »
Une nouvelle direction
Ulysse se retire dans le silence de son réduit pour y méditer, protégé des violentes tempêtes de l'océan de la vie, sur la nécessité d'un changement fondamental de sa direction. La conscience d'Ulysse en méditation fait l'analyse décisive, qui pousse à la réalisation chaque être humain désireux de parcourir le chemin de retour au champ de vie divin. II apprend alors à accepter les lois de ce monde comme quelque chose d'inévitable, auquel tout ce qui appartient à ce monde est assujetti. II apprend à accepter que, ce qui le poussait à chercher la ville promise aux bords de l'océan de la vie, venait d'une sphère tout autre et non pas de cette terre. S'il veut trouver cette ville, qui l'attire toujours plus, il doit s'abandonner à cette force propulsive, et ne plus perdre ses forces naturelles dans la lutte contre les vagues du sang.
Ses actes procèdent du non-faire, le « wu wei » de Lao Tseu. Ce non-faire ne signifie pas ne rien faire, mais agir totalement en dehors du moi, avec intelligence, à partir de l'impulsion intérieure venant de l'éternité. II abandonne ce qui est mortel aux lois de ce monde et, en tant qu'homme terrestre mortel, il devient le serviteur de l'appel immortel qui retentit en lui. II devient le serviteur du microcosme.
Celui qui remet sa personnalité terrestre sous la loi de l'amour divin, reconnaîtra clairement et acceptera les limites de son ego. II découvrira qu'en tant que mortel il est appelé et il est doté de raison uniquement pour servir le dieu-en-lui, avec toujours la question sur les lèvres: « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? »
A partir de cet instant, les nuages obscurs se dissipent au firmament microcosmique. Les liens établis au cours de la lutte de la volonté personnelle contre les lois originelles s'affaiblissent puis se défont par la grâce qui se déverse du champ de la Lumière dans le microcosme éclairé. La Lumière du prana originel, émanant du champ de vie divin du Royaume qui n'est pas de ce monde, touche la semence qui est dans le cœur. Le pèlerin, grâce à une compréhension supérieure, apprend à lire et à comprendre les indications inscrites dans ce monde et destinées à lui montrer le chemin royal. L'Amour divin lui est révélé.
La gratitude dans le cœur, il éprouve l'action pleine d'amour du « nomos » et il reconnaît le langage et la ressemblance de toute la création qui l'entoure. II voit l'itinéraire du chemin de retour écrit au firmament, il voit les postulats de l'enseignement universel dans le « monter, briller et descendre » ainsi que dans le changement des saisons. II voit la chenille sur sa feuille qui se transforme en chrysalide lorsque, résistant à la séduction, elle cesse de dévorer le vert feuillage. Après s'être retirée dans le silence du cocon où s'accomplit le processus de la maturation, elle est en mesure, devenue papillon bariolé, de s'envoler de cette terre.
Chaque marche, chaque regard lui révèle qu'un Père aimant ne souhaite rien plus intensément que le retour de son fils. De la part du Père, rien n'a été omis pour garder largement ouvertes les portes donnant accès à la patrie.
Ici le pèlerin frappe à la porte d'une école des mystères. II trouvera une porte grande ouverte. II y découvrira des hommes qui, comme lui, se préparent au retour dans le champ de Lumière du port d'attache quitté jadis par le microcosme. II y rencontrera des élèves fermement décidés à suivre le chemin initiatique, si clairement décrit dans le Nouveau Testament. Et il cherchera à se débarrasser de ce qui l'empêcherait d'atteindre avec succès le but envisagé. Enflammé par la force d'Amour de Dieu, il s'anéantira en Jésus, pour être conduit à la bonne fin dans le courant de grâce de l'Esprit Saint.